Au Moyen-Âge, comme tous les travailleurs de la terre, les gens du hameau de La Conterie vivaient en servitude. Au fil des ans, de serfs progressivement ils devinrent des métayers. Ils n’en souffraient pas moins du joug des impôts seigneuriaux et royaux.
Sous Louis XIII et Richelieu ont eu lieu les premières révoltes paysannes du Sud-Ouest : celles des « Croquants ». Certains d’entre eux se sont regroupés dans la forêt de Château Mipier, alors commune de Mortemart (Salon de Vergt aujourd’hui), en vue de l’attaque d’un château seigneurial (photo du 27 mars 1594, page 76 « Croquant du Périgord »).


En 1734, la famille Boulen était déjà propriétaire du domaine de La Conterie (pas d’acte justificatif retrouvé) ; en effet, la famille avait profité d’un quinze août pour baptiser un enfant à l’Église de Saint Jean-Baptiste de Mortemart, en contrebas du domaine, le registre paroissial en témoignant et en faisant foi.


En 1787, à la demande de Louis XIV, le géographe périgourdin Beleyme a tracé une carte qui notifiait déjà l’existence des deux domaines : ceux de La Conterie et de La Solélie. C’est la deuxième trace écrite de l’existence de ces deux lieux-dits. 

En 1830, dans les archives départementales, on a retrouvé le nom de leur propriétaire : il s’agissait d’un descendant, Monsieur Jacques Landry Boulen. Aristocrate notable, maire de Sainte-Eulalie d’Ans (nord du département), Boulen était aussi maître de forges.
Il dirigeait ses domaines de loin, laissant l’exploitation quotidienne de ses avoirs à des colons et métayers. Cependant, tous ses enfants ont été baptisés dans la petite chapelle érigée à proximité de La Conterie, baptêmes qui seront l’occasion de grands repas et regroupements familiaux. 

En 1850, Boulen a revendu ses deux domaines à Monsieur Jean Deltheil, agriculteur propriétaire, venant de la commune de Mauzens de Miremont (cf. photo acte de vente). 

Cadastre délimitant le hameau de la Conterie sous Napoléon, XIXème siècle

Car, à la suite de l’ouverture des frontières voulue par Louis Napoléon Bonaparte, les revenus de la forge et de la terre n’étaient plus ce qu’ils étaient et devenaient insuffisants. De plus, l’investissement dans le ferroviaire, alors en pleine expansion à l’époque, semblait plus judicieux : la compagnie du P.O. (Périgueux-Orléans) venait de s’ouvrir.
Jean Deltheil, quant à lui, aidé de journaliers et de métayers, décidait de maintenir l’exploitation des deux domaines. Malheureusement, deux ans après leurs acquisitions, il mourut. Sa veuve a revendu La Solélie et, progressivement, secondée de son fils Antoine, elle assumera l’exploitation de La Conterie. Mais Jean Deltheil a laissé derrière lui un passionnant document : son livre de comptes, qui a été repris par son fils Antoine...

Plusieurs familles habitaient le hameau. Grâce à la découverte du livre de comptes de Jean Deltheil, le témoignage de leur vie quotidienne a traversé les générations. Le mot clef du fonctionnement de La Conterie était l’autarcie. Culture maraîchère, fruitière et céréalière, élevage et exploitation forestière étaient le quotidien du travail au domaine. C’étaient des travaux lourds, d’autant que les outils étaient encore archaïques. Ils nécessitaient donc une importante main-d’œuvre. Antoine Deltheil, son livre de comptes le raconte, employait des journaliers, des bordiers, des laboureurs à bras, des domestiques, des métayers, des colons, des coupeurs de bruyère. À La Conterie, l’entraide était courante avec les autres paysans lors des moissons, du battage du grain, des vendanges, et les veillées d’énoisage se faisaient en commun. Cette vie sociale, quoique très renfermée sur elle-même, s’enrichissait lors des foires et des marchés de Montignac et du Bugue (cf. livre des comptes). Bien endimanché, Antoine Deltheil s’y rendait en carriole. Dans son livre de comptes, on retrouve l’existence de sa jument et de son attelage. C’étaient pour l’époque deux signes extérieurs sinon de richesse, du moins d’un certain confort de vie. 

 

Entre deux transactions, vente et achat de bestiaux, il s’informait des évènements de la ville et du pays. Foires et marchés faisaient l’office de gazette. La terre de La Conterie est calcaire et pauvre. La polyculture permettait de nourrir les bêtes et les personnes, et parfois de faire des réserves. On stockait le maïs, le blé, le froment, le seigle, l’orge, les raves, les pommes de terre, le vin de la vigne, le chanvre, les légumes et le tabac. À ces fruits du labeur paysan, il fallait ajouter les ressources de la forêt : le bois de chauffage et la coupe des bruyères destinée à la litière des chevaux des notables de la ville. La famille Deltheil possédait un four à pain, une « maie » et des pétrins, ce qui lui permettait la revente de produits de boulangerie. La plupart des paysans du hameau produisaient aussi leur vin. C’était un breuvage particulièrement décapant, communément appelé « piquette », mais dont la particularité était qu’il rendait fou (nom : vin qui rend fou). Il était consommé quotidiennement. Dans la cave de La Conterie, on trouve encore des barriques, des fûts et du matériel viticole pour la production, car le domaine avait ses propres vignes (vignes haute et basse). L’élevage à La Conterie était à la fois source de revenus, de matière première pour le textile et de protéines dans la nourriture, mais aussi force de travail. Les anciens bâtiments de la ferme Deltheil comprennent une porcherie, des étables avec grange attenante, une bergerie, des écuries, un poulailler, des clapiers et un hangar à tabac. On tuait le cochon, on labourait avec une paire de bœufs. Quant au cheval, animal de prestige, il permettait tout à la fois la mobilité et la reconnaissance du rang social. Au hameau de La Conterie, outre la paysannerie, vivaient également des artisans indispensables à la vie agricole tels que le forgeron et le maréchal-ferrant.

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